LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
un site créé par la FACEEF

Association de femmes antifascistes espagnoles

1933-1950



Une association de militantes politiques et féministes espagnoles affiliée au PCE est créée en Espagne à partir de 1933, sous le nom Asociación de Mujeres Antifascistas et l’impulsion de Dolores Ibárruri, La Pasionaria. Elle rassemble de nombreuses activistes de gauche et est, avec Mujeres Libres (Femmes libres), l’organisation de femmes la plus importante de l’époque.


La Pasionaria

Même si elle trouve ses origines au sein du PCE, l’association de Mujeres Antifascistas est intimement liée à la CNT ainsi qu’à la Unión de Muchachas, l’organisation féminine issue des Jeunesses socialistes d’Espagne et regroupe des femmes appartenant à différents mouvements politiques. Elle mène un combat davantage politique que social et a pour objectif la lutte active contre le fascisme et le franquisme. Ses dirigeantes successives ont été Dolores Ibárruri, Lidia Odena, Encarnación Fuyola et Emilia Elías.

Durant la Guerre civile et l’exil, cette association a pris diverses appellations : Asociación de Mujeres Antifascistas (Association de femmes antifascistes), Mujeres contra la Guerra y el Fascismo (Femmes contre la guerre et le fascisme), Agrupación de Mujeres Antifascistes (Groupement des femmes antifascistes), Unión de Mujeres Antifascistas Españolas (Union de femmes antifascistes espagnoles).

Au cours de la Guerre civile espagnole, elle renforce ses alliances avec la Unión de Muchachas (Union de jeunes femmes), la Unió de Dones de Catalunya (Union des femmes de Catalogne) et la Aliança Nacional de Dones Joves (Alliance nationale de jeunes femmes), et obtient la reconnaissance du gouvernement républicain qui ordonne à ses membres de se mobiliser au front et de secourir les combattants. Durant ces années, il est arrivé que l’AMA compte plus de 50 000 membres.

En mars 1945, peu de temps après la Libération, « un groupe de militantes, dont la responsable du PCE en France, Carmen de Pedro, se réunit à Toulouse pour réorganiser légalement leur ancienne organisation de femmes antifascistes » [1] sous l’appellation Unión de Mujeres Antifascistas Españolas (Union des femmes antifascistes espagnoles). Ces femmes exilées et associées dans et pour la lutte antifasciste s’organisent en s’appuyant sur « une stratégie, des tâches et des moyens spécifiques aux femmes » [2].

L’Union des femmes antifascistes espagnoles compte environ 4 000 membres dans la seconde moitié des années 1940 en France. Elle publie une revue mensuelle, intitulée Mujeres Antifascistas Españolas, entre 1946 et 1950 (date de l’interdiction du PCE et de ses organisations satellites en France), produisant une réflexion sur l’action politique des femmes dans l’espace public ainsi que sur leur rôle au sein du militantisme antifranquiste. Neus Catalá Pallejá, membre des Jeunesses du PSUC pendant la Guerre civile, engagée dans la Résistance française, puis déportée à Ravensbrück en 1944 et libérée en 1945, dirige la revue à partir de 1948, après son retour en France. Durant les premières années de la Guerre froide, Mujeres Antifascistas Españolas devient le porte-voix de l’Union soviétique en occident.

Dolores Ibárruri, après son retour de Moscou à la fin de la Seconde Guerre mondiale, apporte un nouveau souffle à cette organisation en instaurant une solidarité politique avec le mouvement de guérilla en Espagne et en l’insérant dans une structure internationale, la Federación Democrática Internacional de Mujeres (Fédération démocratique internationale des femmes), créée en 1945 à Paris. La secrétaire et femme de confiance de Dolores Ibárruri, Irene Falcón, prend la tête de l’organisation lors de son premier Congrès en août 1946.

L’Union des femmes antifascistes espagnoles devient un « puissant instrument d’encadrement des femmes républicaines en exil jusqu’à sa dissolution en septembre 1950 » [3], suite à une opération répressive de la police française visant à interdire toute organisation communiste étrangère sur le territoire, intimement liée à l’opération Boléro-Paprika.

Références

- Burgos, Diana (dir.), Yusta, Mercedes, Arrizabalaga, Marie-Pierre, Femmes sans frontières : stratégies transnationales féminines face à la mondialisation, XIXe-XXIe siècles. Berna, Peter Lang, 2011.

- Bussy Genevois, Danièle (coord.), Yusta, Mercedes, Arrizabalaga, Marie-Pierre, Femmes et démocratie : Les Espagnoles dans l’espace public (1868-1978). Nantes, Éditions du Temps, 2007.

- Yusta, Mercedes, Madres Coraje contra Franco. La Unión de Mujeres Españolas en Francia, del antifascismo a la Guerra Fría (1941-1950). Madrid, Cátedra (col. « Feminismos »), 2009.

- Yusta, Mercedes, « Las mujeres en la resistencia antifranquista, un estado de la cuestión », in Arenal. Revista de Historia de Mujeres, vol. 12, nº 1, Málaga, Universidad de Málaga, 2005, p. 5-34.

- Yusta, Mercedes, « La revista Mujeres Antifascistas Españolas, o la construcción de una identidad femenina comunista en el exilio francés (1946-1950) », in Pandora : Revue d’Études Hispaniques de Paris 8, nº 5 : « Féminités », Saint-Denis, 2005, p. 119-131.

- Yusta, Mercedes, « Género e identidad política femenina en el exilio : Mujeres Antifascistas Españolas (1946-1950) », in Pasado y Memoria. Revista de Historia Contemporánea, nº 8, 2009, p. 143-164.

- Yusta, Mercedes, « Vierges guerrières et mères courage : le panthéon des communistes espagnoles en exil », in Clio. Histoire, femmes et sociétés, numéro 30, « Héroïnes », 2009. Disponible en ligne : http://clio.revues.org/9403

- http://www.youtube.com/watch?v=T0WTCCdP6l0

PORTFOLIO
La Pasionaria au meeting du PCE à Genève, le 23 juillet 1974.
Mots-clés