LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
un site créé par la FACEEF

Iberia Cultura

De 1977 à nos jours



Créée en 1977 afin de remplacer le Comité international de solidarité avec l’Espagne (CISE), dont les objectifs ne sont plus en phase avec l’émigration espagnole suite à la mort de Franco, Iberia Cultura est une association culturelle à destination des émigrés espagnols, comme l’indique son nom.


Son objectif est de prendre contact avec l’émigration économique, jusque là délaissée par le CISE, afin de lui faciliter l’accès à la culture. Iberia Cultura est à cette époque une association ethnique au caractère politique marqué, liée au Parti communiste d’Espagne (PCE) et aspire à être un référent au sein du mouvement associatif espagnol en France tant pour les exilés que pour les immigrés économiques.

C’est un lieu ouvert, où l’on peut consulter ou emprunter des livres et des disques, visiter des expositions et qui effectue un travail de diffusion culturelle en coopération avec d’autres associations, majoritairement espagnoles. La librairie est par ailleurs la vitrine présentée aux autorités françaises.

Parallèlement à ce désir d’ouverture culturelle, Iberia Cultura réalise un travail d’information et de réflexion sur l’évolution de la situation politique en Espagne, particulièrement durant la période de la transition et est donc également tournée vers l’Espagne. Ainsi, dans la nuit du 22 février 1981, après l’annonce de la tentative de coup d’état, ses membres passent des heures à organiser l’accueil possible de nombreux émigrés espagnols [1].

Officieusement, Iberia Cultura est une association paravent du PCE et tous les membres du PCE en sont adhérents. Elle sert de tiroir caisse à l’organisation politique, usant des emplois fictifs afin de « légaliser » l’activité des permanents du parti. En effet, une fois la librairie traversée, le visiteur se trouve dans un sas qui donne ensuite accès aux bureaux du PCE. Au sous-sol se trouve une imprimerie clandestine. Cette organisation « couverture » était nécessaire étant donné que le PCE était (et est encore aujourd’hui) illégal en France, depuis l’interdiction de 1950. L’associationnisme représente une alternative, les étrangers n’ayant plus besoin de demander une autorisation à la préfecture afin de créer une association depuis 1981, suite à une modification de la loi 1901 par François Mitterrand.

Les Jeunesses communistes y étaient également représentées. Si, dans les années 1980, les enfants de l’émigration désertent le mouvement associatif espagnol et le PCE, il existe jusqu’à la fin des années 1970 une organisation de jeunesse qui ne meurt que faute de militants. Ces jeunes s’engagent au sein de cette association et créent par ailleurs un mouvement, regroupant les « secondes générations », qui s’appelait « tomateg2 ». Cette initiative avait été lancée par les responsables du PCE à Paris, l’objectif étant de proposer un espace pour les enfants de l’émigration tout en investissant un terrain plus politique que les associations flamenco [2]. Ils organisent des conférences, des débats, des concerts et des projections de films et sont particulièrement actifs dans Paris et dans les villes de la petite couronne.

Dans les années 1980, Iberia Cultura est victime du vieillissement de la population espagnole : sur les quelques 1 500 adhérents au niveau national, seuls 10 % sont des enfants d’immigrés, les 90 % restants étant alors constitués de personnes âgées.

En 1996, l’association vend ses locaux de la rue Saint-Jacques. Un vestige d’Iberia Cutlura existe encore aujourd’hui et se situe rue Honoré de Balzac à Villejuif.

Références

- Entretien avec Carmen Marhuenda réalisé par Aurélie Denoyer, Saint-Denis, 10 octobre 2012, FACEEF.

- Entretien avec Raoul Mora réalisé par Aurélie Denoyer, Ivry-sur-Seine, 13 décembre 2012, FACEEF.

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