LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Junta Democrática de España

1974-1976



Groupement de mouvements antifranquistes d’affinités et de sensibilités politiques différentes souhaitant, à travers ses actions, accélérer la chute de la dictature franquiste.


En juillet 1974, a lieu simultanément à Paris et à Madrid, l’unification d’une partie des forces démocratiques d’opposition au franquisme. Elle est orchestrée par Santiago Carillo dans l’exil, ainsi que par d’autres personnalités provenant de champs idéologiques variés, telles que le sociologue progressiste José Vidal Beneyto, le conservateur Antonio García Trevijano ou bien encore le super numéraire de l’Opus Dei, Carlos Serer. D’autres forces d’opposition au franquisme, allant du carlisme au socialisme du Parti socialiste populaire (PSP) de Tierno Galván en passant par le marxisme maoïste du Parti des travailleurs d’Espagne (PTE), ont également contribué à la formation de la Junta Democrática de España [1] qui vise à la restauration de la démocratie en Espagne.

Partant de l’opposition démocratique au franquisme, présente dans les deux pays, la Junta Democrática de España profite de l’absence du dictateur, déjà mal en point à cause de son hospitalisation, pour organiser ses propres réunions et lancer un manifeste. Ces actions sont réalisées dans l’intention de renforcer l’union de l’opposition démocratique au régime franquiste et dans le but de provoquer une grève générale qui mette en échec le régime et qui permette la formation d’un gouvernement provisoire capable de rompre avec le régime fasciste et d’instaurer la démocratie [2].

Le manifeste met en avant le refus de la succession du Prince héritier de Franco et pense même à Juan de Borbón comme figure représentative de la JDE pouvant être à la tête de la rupture avec le régime dictatorial. Mais le père de l’actuel Roi décline l’offre [3]. A son tour, il demande que l’on accorde l’amnistie aux prisonniers politiques, en même temps qu’il interpelle les autorités espagnoles afin qu’elles reconnaissent les libertés civiles et politiques. Parallèlement, il œuvre pour une séparation claire entre l’Eglise et l’Etat et pour que s’établisse un gouvernement provisoire légitime qui permette d’organiser un référendum constituant au moyen duquel le régime, à savoir monarchie ou république [4], puisse être choisi par la population.

José Vidal Beneyto, Santiago Carillo et José Luis de Villalonga sont les représentants de la Junta Democrática de España, à Paris. Les réunions se produisent dans un contexte tendu pour l’associationnisme politique promu par Arias Navarro, celui qui a contribué à l’exécution de Puig Antich et au procès contre Marcelino Carnacho et la direction de CC.OO [5].

Les réunions ont lieu à différents endroits : à l’hôtel Lutecia dans le VIe arrondissement de Paris, dans les locaux appartenant au PCE, dans lesquels se tient la rédaction de Mundo Obrero dans le quartier de l’Opéra, et à l’hôtel Intercontinental dans le VIIIe arrondissement. De toutes ces réunions, la plus importante est celle qui a lieu à l’hôtel Intercontinental le 29 juillet, coïncidant avec celle qui a lieu au même moment à Madrid. A cette réunion sont présents les télévisions internationales et journalistes de différents quotidiens européens. Selon les dires d’un des assistants, la salle était bondée [6]. Le PCE et le gouvernement mexicain sont les entités qui ont le plus contribué, économiquement parlant, à la création de la JDE [7]. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la JDE réunie à Paris reçoit des financements mexicains, dans la mesure où le Mexique et la France ont été les deux principales destinations de l’exil espagnol.

La réussite de la JDE est liée au développement de la Plateforme de convergence démocratique, promue par le PSOE. Ce dernier, avec Felipe González à sa tête à travers le congrès de Suresnes, n’a néanmoins pas souhaité s’intégrer à la JDE pour divers motifs : le fait que le mouvement d’union des forces démocratiques se conforme au PCE, le fait que Juan de Borbón a été élu pour qu’un gouvernement soit formé dans le but de restituer la démocratie en Espagne.

Malgré le refus du PSOE à se joindre au projet que représentait la JDE, Felipe González a fondé avec d’autres groupes la Plate-forme de convergence démocratique, possédant quasiment les mêmes objectifs que la JDE, avec laquelle elle a finalement fusionné en 1976 [8].

Références

- Mateos, Abdón, Historia del antifranquismo. Historia, interpretación y uso del pasado, Flor del Viento, Barcelona, 2011.

- Míguez González, Santiago, La preparación de la transición a la democracia en España, Prensas Universitarias de la Universidad de Zaragoza, Zaragoza, 1990.

- Correspondance électronique avec José Manuel Fernández Fernández.

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