LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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La maison des Métallos

De 1936 à nos jours



La Maison des Métallos est située dans le XIe arrondissement de Paris en bas du quartier de Belleville. Au départ manufacture des instruments à vent Couesnon, elle est rachetée en 1936 par l’Union fraternelle des métallurgistes, branche de la Confédération générale du travail (CGT) et devient la Maison des Métallos, haut lieu du syndicalisme parisien.


Cour des Brigades internationales, Maison des Métallos, Paris, (...)

La Maison des Métallos a servi de base aux militants parisiens du PCE durant deux périodes de leur histoire : entre 1945 et l’interdiction de 1950 puis dans les années 1970. La proximité entre la CGT Métallurgie et les exilés communistes espagnols remonte à la période de la guerre civile quand cette fédération envoya le plus important des contingents français dans les Brigades internationales.

Comme le rappelle le cadre communiste espagnol Josep Pamies :
« Toutes les occasions étaient bonnes pour organiser des fêtes [dont les bénéfices étaient destinés au soutien des familles de prisonniers politiques et au développement des activité du parti en Espagne]. On utilisait souvent la salle des Métallos, rue Jean-Pierre Timbaud dans le XIe arrondissement, ou celle de la rue de la Grange-aux-Belles [Xe]. Certaines années, on devait faire environ soixante-dix bals par an. On commençait toujours par une allocution politique, un petit discours de cinq minutes, mais personne n’écoutait. Les gens venaient avant tout pour danser. Entre 1945 et septembre 1950, on faisait des fêtes presque tous les jours. Avec la clandestinité, ça s’est arrêté et puis ça a repris vers 1970 à destination des nouveaux immigrants en provenance d’Espagne. Certaines personnes pensaient que le local de la rue Jean-Pierre Timbaud était celui du PCE. C’était un bon moyen d’accueillir les gens et d’établir un premier contact avec eux, un lieu de recrutement. »

Dans son livre de souvenirs, Rosalía Sender Begué évoque également à plusieurs reprises la rôle joué par la Maisons des Métallos pour les exilés communistes :
« [Vers 1946], les JSU organisaient régulièrement des fêtes pour les Espagnols exilés à Paris. Tous les quinze jours, dans des salles que nous prêtaient la CGT, nous organisions des fêtes espagnoles suivies de bals. Nos fêtes duraient jusqu’à cinq heures du matin, heure à laquelle commençait le service du métro de Paris. Des familles entières y assistaient et mes parents restaient au bal. [Vers 1948], les fêtes dans les locaux de la CGT de la rue Jean-Pierre Timbaud ont continué, tout comme les meetings pour la paix dans la salle Pleyel. […] Rue Jean-Pierre Timbaud, il y avait une librairie du syndicat où l’on pouvait acheter à des prix dérisoires des libres soviétiques avec des reliures magnifiques, tant en français qu’en espagnol. »

Pascale Gauthier y a aussi fait référence :

« Derrière le porche, ce lieu fonctionnait comme dans une ruche. Il était un point de rencontres d’hommes et de femmes espagnols, français qui s’engageaient dans des directions différentes mais qui s’entrecroisaient et se réunissaient à certains moments. Tous ces militants se retrouvaient dans ce siège social de la maison du syndicat CGT des métallurgistes pour coordonner les actions syndicales. Ils y élaboraient également des interventions clandestines pour soutenir le PCE et lutter contre Franco (…). L’organisation de fêtes folkloriques espagnoles avec sangrias, bars à tapas se déroulant entre 1960 et 1975 offrait la possibilité d’avoir des contacts politiques avec les antifranquistes espagnols de Paris et ceux qui vivaient en Espagne (…). Un comité de femmes antifascistes composé de Françaises et d’Espagnoles entreprenait de multiples actions au quotidien afin d’aider les immigrés espagnols, particulièrement les réfugiés politiques et aussi ceux de la migration économique » [1].

Aujourd’hui, la Maison des métallos est un établissement culturel de la Ville de Paris soutenu par la Région Île-de-France dans le cadre du dispositif de la permanence artistique. Son ambition est d’allier exigence artistique et préoccupations sociétales.

Références

- Gauthier, Pascale, L’épopée des Espagnols à Paris de 1945 à nos jours. Les Esparisiens, L’Harmattan, Paris, 2010.

- Lillo, Natacha, « El PCE en París y la région parisina : las relaciones con el PCF y los inmigrantes “económicos” (1945-2005) », in Martínez Fernando, Canal Jordi, Lemus Encarnación (eds), París ciudad de acogida. El exilio español durante los siglos XIX y XX, Madrid, Marcial Pons Historia, 2010, pp. 341- 370.

- Sender Begue, Rosalía, Nos quitaron la miel. Memorias de una luchadora antifranquista, Valence, Universitat de Valencia, 2004.

- Entretien avec Josep Pamies réalisé par Natacha Lillo, 7 avril 2004, Local de la Faceef Paris.

- http://www.maisondesmetallos.org/

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Cour des Brigades internationales, Maison des Métallos, Paris, (...)
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