LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Opération Boléro Paprika

1950-1977



Un épisode peu connu de l’histoire des Espagnols en France est l’expulsion de 176 citoyens espagnols par les autorités françaises lors de l’opération Boléro-Paprika en septembre 1950.


Le 7 septembre 1950, une vaste opération de police est lancée sur le territoire français, visant 397 étrangers d’obédience communiste et aboutissant à l’arrestation de 292 individus de douze nationalités différentes. Une première question se pose : pourquoi avoir choisi le nom de Boléro-Paprika ? Ce nom de code a été attribué à l’opération, car elle a touché principalement des individus issus des pays de l’Est (Paprika) et des Espagnols (Boléro).

Le volet Boléro concerne au départ 251 individus espagnols, principalement d’anciens guérilleros : 75 d’entre eux n’ont pu être appréhendés par les services de police ayant auparavant fui leur domicile, mais 176 membres du PCE (sur quelques 10 000 membres du parti) sont arrêtés, principalement à Paris et Toulouse, pour « intelligence avec un pays étranger et participation à la préparation d’un coup armé contre la France » (il n’y a pourtant jamais eu de procès).

Sur ces 176 individus arrêtés, 142 sont placés en résidence surveillée en Algérie et en Corse, un seul bénéficie finalement d’une annulation de son expulsion et 33 sont directement expulsés en RDA via Strasbourg par le ministère de l’Intérieur.

Ces arrestations sont suivies par l’adoption d’arrêtés d’interdiction des mouvements et des publications communistes [1]. Le Parti communiste espagnol (PCE) est alors placé hors la loi en France et ne retrouve d’existence légale qu’en 1977 en Espagne.

Les arrestations se déroulent de manière expéditive : des policiers français perquisitionnent les domiciles, ordonnent de prendre le strict nécessaire, et séparent les individus de leur famille. Certains sont même arrêtés sur leur lieu de travail. Quelques jours plus tard, ils sont assignés à résidence en Algérie ou en Corse ou bien expulsés de France vers la RDA.

Cette opération ne s’achève pas en septembre 1950 mais se poursuit encore de longs mois, conduisant à l’arrestation de nombreux individus non appréhendés durant le coup de filet de septembre. Certains des communistes non appréhendés lors de l’opération Boléro-Paprika trouvent refuge dans les pays de l’Est quelques semaines ou quelques mois plus tard.

Références

- Denoyer Aurélie, « L’opération Boléro-Paprika : origines et conséquences. Les réfugiés politiques espagnols : de l’expulsion à leur installation en RDA », in : Résonances françaises de la guerre d’Espagne, éditions d’Albret, Nérac, 2011.

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