LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Parti communiste d’Espagne

De 1920 à nos jours


Le PCE


Suite à la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste d’Espagne (PCE) se rassemble dans un premier temps à Toulouse afin de prendre sa réorganisation en main et avant de s’installer à Paris en 1946.


Fête de l'Huma en 1940.

L’activité du parti est alors militaire. En effet, pour le PCE, la guerre n’est pas terminée et la question de la situation espagnole doit être négociée avec les Alliés. Cette stratégie est pourtant un échec étant donné que la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis préfèrent de loin une Espagne franquiste à une Espagne communiste. A la toute fin des années 1940, la stratégie du parti connait un revirement. La lutte armée est abandonnée et il est décidé d’investir de manière clandestine les syndicats verticaux directement en Espagne. La France sert alors de base-arrière. Le second volet de cette stratégie consiste à mobiliser l’émigration afin d’organiser une logistique solidaire avec l’intérieur de l’Espagne et concerne principalement la propagande (imprimer les journaux, tel que Mundo Obrero, les faire passer et les distribuer en Espagne). Les responsables du parti se déplacent là où se trouve la population espagnole. Selon Jorge Gallego [1], fils d’un haut responsable du PCE depuis 1944, « Là où il y a des Espagnols, il y a une activité militante. »

Néanmoins, le PCE est dans une situation difficile : déclaré illégal lors de l’Opération Boléro-Paprika en septembre 1950, son activité ne peut avoir lieu au grand jour (le PCE est par ailleurs encore illégal à l’heure actuelle). Les cercles dirigeants sont réservés à une poignée de personnes de confiance et ne disposent d’aucun lieu fixe, ni de téléphone. La logistique est donc difficile, même avec le soutien du PCF. Les réunions ont souvent lieu chez les camarades, dans les lieux publics, à la sortie des métros comme aux Quatre-Chemins à Aubervilliers.

Les locaux du PCE sont donc dispersés dans plusieurs arrondissements de Paris et les responsables disséminés en région parisienne : Santiago Carrillo se trouve à Champigny, Ignacio Gallego à Montreuil, Angel Grimau à Ivry. Ils se rencontrent dans le VIIIe arrondissement, avenue Kleber ou encore dans le quartier du Marais, rue des Archives. Quelques réunions sont organisées au Hogar avec la complicité du prêtre mais ces dernières restent rares. Ils se réunissent aussi parfois dans un local du Parc Montreau à Montreuil. Les locaux utilisés par le PCE appartiennent souvent au PCF, ce dernier fournissant une aide logistique importante sans pour autant avoir le droit de s’immiscer dans la politique interne au PCE.

Bien que clandestins, les militants sont nombreux et le PCE entreprend dès le début des années 1960 de structurer l’ensemble de l’émigration espagnole en France. Sous couvert d’associations culturelles, ils organisent une propagande active. En effet, c’est sans doute une des seules organisations de l’exil espagnol en France qui comprit la nécessité de développer un travail avec l’émigration économique, laissant de côté les références politiques à la Seconde République espagnole et orientant son activité vers la résolution des problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les émigrés. Il encourage la création d’associations lorsque cela est possible ou l’introduction de militants dans les associations créées par l’Eglise ou par le régime franquiste. Les associations influencées par le PCE ont deux traits spécifiques : elles prennent en charge une pratique revendicative (qui se concentre sur l’amélioration de la condition émigrée et/ou la solidarité dans la lutte antifranquiste et avec les prisonniers politiques espagnols) et encouragent une plus grande interaction avec la société civile française (à partir des mobilisations en faveur de Julian Grimau qui entraînent une mobilisation sans commune mesure de la société française) [2]. Nous pouvons citer ici l’APA Casa de Espana, le CISE ou encore Iberia Cultura.

Il est à noter que le PCE possédait par ailleurs un organe de presse, Mundo Obrero, sa propre maison d’édition, Ebro, ainsi qu’une radio, La Pirenaica, située rue du port Mahon, dans un appartement qui appartenait à une agence du Parti communiste français (PCF), l’union française de l’information (UFI). C’est également là que Santiago Carrillo avait ses bureaux de 1973 à 1977. S’y trouvait également la rédaction de la Pirenaica et de Mundo Obrero, dirigée par Federico Melchor.

Après la mort de Franco, le PCE délaisse progressivement les émigrés espagnols et se tourne vers l’Espagne. Ses objectifs sont alors d’obtenir sa légalisation, des élections libres et de rassembler la gauche. Cependant, après des résultats mitigés aux élections de 1978, il subit une grande perte d’influence. Cette perte d’influence est non seulement imputable aux « compromis » passés par le PCE avec la monarchie – bien souvent décriés par ses militants - mais également aux multiples scissions dont il est victime. La première et importante scission est conduite par Enrique Lister : il réunit l’aile orthodoxe pro-soviétique du PCE et donne naissance en 1973 au Parti communiste ouvrier espagnol (PCOE).

La création du Partido Comunista en 1984 (parfois appelé PC punto pour le distinguer du PCE) et qui devient en 1986 le Parti communiste des peuples d’Espagne (PCPE), résultat de l’unification de plusieurs factions marxistes-léninistes tels que le Partido Comunista de Espana unificado (PCEU), le Movimiento de Recuperacion del PCE (MRPCE), ou encore Candidatura Comunista (CC), affaiblit encore le PCE.

Références

- Babiano, José, « Les ouvriers ont une patrie : immigration espagnole et associationnisme ethnique », in : Migrances hors série, Un siècle d’immigration en France, 2007.

- Entretien avec Jose Gallego réalisé par Aurélie Denoyer, 17 novembre 2012 , Paris, FACEEF.

- Entretien avec Dolores Hatinguais réalisé par Aurélie Denoyer, 14 décembre 2012, Paris, FACEEF.

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La Pasionaria au meeting du PCE à Montreuil, parc Montreau en (...)
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