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Hommages aux Espagnols en Seine-Saint-Denis




Plaque en hommage à Francisco Asensi, la Plaine Saint-Denis, (...)

Saint-Denis

En 1909, quelques semaines après son exécution à Barcelone, la municipalité socialiste dyonisienne attribue le nom du grand pédagogue Francisco Ferrer à une rue du nord de la commune.

Dès la Libération, les résistants espagnols de la Plaine Saint-Denis sont intégrés au martyrologue communiste de Saint-Denis, au même titre que les Français, notamment à travers des hommages dans l’hebdomadaire communiste local. En mars 1945, lors de l’inhumation au cimetière de Saint-Denis des « héros fusillés ou martyrisés par les Allemands », la dépouille de Benito Sacristan (fusillé au Mont-Valérien en 1942) fait partie du convoi. Courant 1946, celles de Cecilio Baena, Lucas Fernandez et Adolfo Marcos, ramenées de Cologne où ils ont été guillotinés, prennent aussi place dans le Carré des fusillés du cimetière.

En mai 1950, lors du mandat d’Auguste Gillot, tous les « martyrs » espagnols du quartier sont honorés par la pose de plaques commémoratives sur les murs de leurs derniers domiciles – chaque voie de la Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis en compte alors au moins une. Jusqu’aux années 1970, lors de la célébration du 8 Mai, elles sont fleuries par la municipalité à l’occasion d’une cérémonie du souvenir où l’harmonie municipale et des élus effectuent une brève station devant chacune d’entre elles.

A l’occasion de la profonde transformation du quartier consécutive à l’édification du Stade de France, tous les petits immeubles où étaient apposées ces plaques individuelles disparaissent progressivement. En avril 2002, suite à la mobilisation de la FACEEF et de l’association La Plaine Mémoire vivante, au pied d’un olivier, une plaque rendant hommage à tous les résistants de la Plaine est inaugurée par le maire de Saint-Denis, le consul et l’ambassadeur d’Espagne dans le parc des Droits-de-l’enfant, construit à l’emplacement de l’ancienne impasse Du-Chef-de-la-Ville qui a connu nombre d’habitants espagnols à partir des années 1920. Elle compte dix-sept noms : certains des Espagnols du quartier engagés dans les Brigades internationales, les victimes de la rafle de septembre 1941, et Benito Sacristan, fusillé en 1942 au Mont-Valérien.

Par la suite, les importantes modifications urbaines du quartier entrainent le changement du nom de plusieurs voies de la Petite Espagne : le passage du Gaz est rebaptisé rue Francisco Asensi, du nom d’un espagnol communiste du quartier devenu commissaire politique dans les Brigades internationales puis guérillero antifranquiste avant de rentrer vivre à la Plaine en 1947 ; le passage Léon s’appelle désormais rue Maria Leonor Rubiano, du nom de la jeune résistante espagnole déportée suite à la rafle de septembre 1941 et décédée à Ravensbrück en 1945.

En février 1946, douze militants communistes espagnols, tous anciens membres des maquis français au sein de la Agrupación guerrillera española (AGE), sont exécutés par le régime franquiste, accusés d’avoir organisé des actions de guérilla urbaine à Madrid. Dès mars, le conseil municipal dyonisien rebaptise la rue de la Justice du nom de leur chef, Cristino García Granda, colonel des FFI qui a dirigé la Libération du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche. La municipalité choisit cette rue pour deux raison : c’est le cœur historique et géographique de la Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis et elle abrite le Real Patronato Santa Teresa de Jesús, ouvertement pro-franquiste depuis le coup d’Etat factieux de juillet 1936.

Le 12 avril 1946 a lieu une première inauguration : après un bref discours de la veuve de Cristino García, le maire de Saint-Denis appelle la foule à exiger que la question espagnole soit portée devant le Conseil de sécurité de l’ONU. La municipalité organise une seconde inauguration, le 4 août suivant, à l’occasion du Congrès de la Fédération mondiale de la Jeunesse (FMJ), en présence de Dolores Ibarruri, la Pasionaria, secrétaire générale du PCE et mythe vivant de la guerre civile, et de Santiago Carrillo, alors ministre du gouvernement de la République espagnole en exil, qui s’adressent à la foule en espagnol. Leur présence marque notablement les mémoires des résidents espagnols du quartier.

En avril 1963, suite à l’exécution du cadre communiste Julián Grimau, qui dirigeait l’activité clandestine du PCE à Madrid, la municipalité de Saint-Denis donne son nom à une rue de la nouvelle cité HLM Pierre-Sémart, située à proximité du bidonville du chemin de Marville, habité uniquement par des Espagnols.

En septembre 1975, l’exécution des cinq derniers militants politiques condamnés à mort par le franquisme (trois membres du Front révolutionnaire antifasciste et patriotique – FRAP – et deux d’Euskadi Ta Askatasuna – ETA), conduit la municipalité dyonisienne à rebaptiser le chemin du Fort-de-l’Est en rue des Victimes-du-Franquisme. Comme pour la rue Cristino Garcia, il ne s’agit pas d’un choix anodin : cette voie est située à proximité immédiate du local de l’Office du Travail (Agregaduría laboral) dépendant directement du consulat d’Espagne.

Aubervilliers

En mars 1960, la municipalité communiste d’Aubervilliers baptise une rue nouvellement créée du nom de deux résistants communistes espagnols, Lopez [son prénom était vraisemblablement « Lope »] et Jules Martin. Né en janvier 1919 dans la province de Tolède, membre des Jeunesses communistes, Jules Martin, ajusteur à Pantin, part se battre dans le camp républicain durant la guerre civile. De retour à Aubervilliers, il entre dans la Résistance au sein des FTP et participe en janvier 1942 à un attentat à la bombe dans un restaurant parisien fréquenté par l’armée allemande. Arrêté par la Gestapo, il est fusillé le 22 août 1942 à la prison de la Santé. Son père « Lopez », né en 1887, ouvrier chez Renault à Boulogne-Billancourt et membre du PCF, est arrêté début août 1942 à Aubervilliers et fusillé quelques jours plus tard à la prison de Fresnes.

En décembre 2011, le maire socialiste d’Aubervilliers inaugure en sa présence le square Julien Saiz, un membre de la colonie espagnole de la Plaine Saint-Denis, devenu médecin à force d’investissement personnel en 1945, très apprécié pour son dévouement auprès des Albertivillilariens, qu’ils soient d’origine espagnole ou non.

Drancy

En mai 1947, la municipalité communiste de Drancy, ville comptant alors une colonie espagnole non négligeable, rebaptise Fernand Peña (orthographié « Péna ») l’ancien chemin de la Vache-à-l’Aise. Né en janvier 1922 au Pré-Saint-Gervais, membre des Jeunesses communistes, il entre dans la Résistance à Drancy dès l’été 1940 et est arrêté en avril 1942 par la brigade spéciale de Bobigny et livré à la Gestapo. Après avoir été torturé, il est déporté à Oranienburg en mars 1943, puis à Sachsenhausen, où il décède en décembre 1944.

En mai 1947 encore, la municipalité rebaptise du nom de Cristino Garcia la rue Jeanne, située au cœur de l’îlot espagnol implanté au sud-ouest de la commune.

En juin 1963, l’ancien chemin de La Courneuve est rebaptisé rue Julian Grimau lors d’une cérémonie à laquelle participe sa veuve.

Le Blanc-Mesnil

Dès octobre 1944, la municipalité communiste du Blanc-Mesnil rebaptise une voie du centre-ville, la rue de l’Amicale, du nom d’un héros de la résistance locale d’origine espagnole : François Garcia, torturé et tué par les Allemands dans la commune, le 25 août 1944, alors qu’il se rendait au PC de Rol-Tanguy à Paris. Ses parents habitaient la commune depuis le début des années 1930. Agé de 31 ans, François Garcia, marié à une jeune femme d’origine espagnole, était père de deux enfants.

En mai 1947, une deuxième voie du Blanc-Mesnil, la rue des Chasseurs, située à proximité de l’un des deux îlots espagnols de la commune reçoit le nom d’un autre résistant espagnol, Augustin Marcos (frère aîné d’Adolfo Marcos, membre du réseau de la Plaine Saint-Denis guillotiné à Cologne en 1943). Né en 1904 dans la province de Salamanque, il est arrivé dans les années 1920 au Blanc-Mesnil avec ses parents. Après s’être s’engagé dans les Brigades internationales durant la guerre civile, il entre très tôt dans la Résistance après son retour au Blanc-Mesnil et il obtient le grade de capitaine des Francs tireurs Partisans (FTP). Il est tué devant la Chambre des Députés, le 23 août 1944, lors des combats pour la libération de Paris.

En juin 1965, une voie nouvelle de la commune est baptisée Julian Grimau.

En 1966, la municipalité donne le nom de Juste Heras à une nouvelle artère et à un stade. Né en 1909 dans la province de Salamanque, il est arrive à la fin des années 1920 au Blanc-Mesnil avec ses parents. Membre du PCF depuis 1932, il organise le soutien au camp républicain au début de la guerre civile, puis s’engage dans les Brigades internationales en 1937. Après son retour d’Espagne, il participe à la Résistance et est emprisonné à ce titre. À la Libération, il reçoit la Croix de combattant volontaire de la Résistance et la Médaille des internés résistants. Suite aux élections municipales de 1945, 1947 et 1953, il devient premier adjoint du Blanc-Mesnil, en charge de l’Enfance, de la Jeunesse et des Sports, poste qu’il quitte pour celui de deuxième adjoint après les élections municipales de 1959. Il disparaît en 1962, emporté par un cancer.
La Courneuve

En juillet 1947, la municipalité communiste de La Courneuve débaptise l’ancienne rue de Selves pour lui donner le nom du « martyr de la liberté » Cristino Garcia. Cette voie se trouve aux Quatre-Routes, le quartier de la commune comptant le plus d’habitants d’origine espagnole.

Il y a un square Cristino Garcia dans le XXe à Paris.
Une rue Julian Grimau à Vitry (commune où vivaient sa femme Angela et leurs deux filles et où il résidait lui aussi pendant sa période de clandestinité en France où il dirigeait l’équipe technique du PCE pour le travail vers l’intérieur sous la houlette de Carrillo).

Références

PORTFOLIO
Plaque en hommage à Maria Rubiano, la Plaine Saint-Denis.
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