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La « Nueve »

Novembre 1942 – Mai 1945


Neuvième compagnie du IIIe bataillon du régiment de marche du Tchad de la Deuxième Division blindée (2e DB)


La Nueve est une compagnie du IIIe Bataillon du Régiment de marche du Tchad appartenant à la Deuxième Division blindée (2e DB) du général Leclerc, fondée en novembre 1942 par la France Libre, suite au débarquement allié en Afrique du Nord. Elle est placée sous le commandement du capitaine Raymond Dronne.


La une du quotidien Libération, le 25 août 1944.

Elle est formée en grande partie d’Espagnols, combattants volontaires réfugiés en Afrique du Nord, qui ont lutté au sein de l’armée républicaine et ont dû fuir l’Espagne après la victoire franquiste. Certains d’entre eux, tel Amado Granell, se rallient très tôt à la cause des Alliés, animés par l’espoir qu’ils les aident en retour à libérer l’Espagne du fascisme. Ils sont tellement nombreux au sein de la compagnie que les ordres y sont donnés en espagnol.

Elle compte essentiellement des anarchistes, des socialistes et des républicains car les communistes ont reçu la consigne de ne pas s’engager auprès de la France Libre. Ces hommes s’étaient formés militairement et endurcis lors des combats de la Guerre civile.

Plusieurs membres des Brigades internationales (BI) y occupent des postes de commandement comme Joseph Putz, désigné par Leclerc à cause de sa connaissance de l’espagnol et de l’armée républicaine.
La Nueve s’organise aux côtés des troupes alliées en Afrique du Nord puis en Angleterre. et choisit de baptiser ses blindés des noms des batailles menées sur le sol espagnol : Ebro, Guadalajara, Belchite, etc.

La Nueve débarque le 29 juillet 1944 en Normandie et participe à plusieurs âpres batailles dans le bocage. Le 22 août, elle reçoit l’ordre de marcher jusqu’à Paris, ville qu’elle atteint le 24. Après la bataille de Longjumeau, à 19 kilomètres de la capitale, la Nueve se dirige vers la capitale, passe par Antony puis entre dans Paris par la Poterne des Peupliers avant de se regrouper à la Porte d’Italie à 20h45. Au même moment la Résistance gagne en force et toujours plus de barricades se dressent dans Paris.

De prime abord, les Parisiens croient que la compagnie appartient au camp allemand et se cachent mais ils comprennent rapidement leur erreur et lui viennent en aide. Dronne raconte qu’un Arménien se charge de les guider car la majorité des soldats de la Nueve n’avait jamais foulé le sol de Paris.
Deux convois partent en direction de l’Hôtel de Ville, l’un commandé par Dronne et l’autre par Granell. Une fois arrivé sur place, vers 22h, Granell rencontre Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance (CNR), moment immortalisé par une photo publiée le lendemain dans Libération ayant comme légende : « Ils sont arrivés ». Le convoi du capitaine Dronne les rejoint quelques minutes plus tard.
A ce moment, l’insurrection contre l’occupation allemande s’est étendue dans Paris. Une colonne de la Nueve est envoyée pour déloger les Allemands du central téléphonique de la rue des Archives. L’opération est un succès : le central est libéré et une trentaine d’Allemands faits prisonniers.

Un groupe d’Espagnols membres de la Nueve participe à l’assaut de l’hôtel Meurice, rue de Rivoli, où le lieutenant général Von Choltitz, gouverneur militaire du Grand Paris, a ses quartiers. Il se serait rendu à l’un d’entre eux.

Le 25 août dans la matinée, le drapeau français flotte sur la tour Eiffel et le drapeau républicain espagnol sur l’ambassade et le consulat espagnols.
En reconnaissance de l’apport des Espagnols à la lutte contre le nazisme, le samedi 26 août, les chars de la Nueve ouvrent le défilé qui célèbre la Libération sur les Champs-Elysées, servant de protection à De Gaulle jusqu’à son arrivée à Notre-Dame.
Ils sont cantonnés dans le Bois de Boulogne, à proximité du restaurant du Pré-Catelan, jusqu’au 20 septembre.
Ensuite, la Nueve reprend le combat contre l’armée allemande jusqu’à la prise de Strasbourg le 23 novembre 1944. Quelques-uns de ses membres suivent Leclerc jusqu’à Bertchesgaden où, le 5 mai 1945, ils déploient un drapeau républicain espagnol sur le nid d’aigle d’Hitler. À ce moment, il ne reste plus que 16 Espagnols actifs dans la Nueve, beaucoup ayant quitté l’armée ou ayant été affectés à d’autres unités.

La nationalité française a été proposée aux survivants de la Nueve mais beaucoup d’entre eux l’ont refusée, notamment à cause de la « trahison » des Alliés qui ne continuèrent pas la bataille pour libérer l’Espagne du fascisme.

L’historiographie officielle française occulte pendant des décennies le rôle des républicains espagnols dans la Libération de Paris. En 2004, la municipalité de Bertrand Delanoë rectifie cet oubli en posant onze plaques commémoratives le long du trajet parcouru par le convoi de la Nueve mené par Amado Granell.

N° 1 – 162, avenue d’Italie (XIIIe)
N° 2 – 55, rue Baudricourt (XIIIe).
N° 3. Place Nationale (XIIIe).
N° 4. 123-131bis rue Nationale (XIIIe).
N° 5. Place Pinel (XIIIe).
N° 6. 20, rue Esquirol (XIIIe).
N° 7. 68, boulevard de l’Hôpital (XIIIe).
N° 8. Pont d’Austerlitz (XIIe).
N° 9. Quai Henri IV (IVe).
N° 10. Quai de l’Hôtel de Ville (IVe).
N° 11. Angle de la rue Lobau sur l’Hôtel de Ville (IVe).

Des plaques ont également été apposées 63 rue des Archives (IVe) pour commémorer l’attaque du central téléphonique et dans le Bois de Boulogne.

Références

- Mesquida, Evelyn (2008), La Nueve, 24 août 1944. Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris, Cherche-midi, Paris, 2011.

- Pons Prades, Eduardo (1975), Republicanos españoles en la Segunda Guerra Mundial, la esfera de los libros, Madrid, 2003.

- Torres, Rafael, El hombre que liberó París. Amado Granell y la última batalla de la República, Temas de hoy, Madrid, 2007.

- Vilanova, Antonio, Los olvidados. Los exiliados españoles en la Segunda Guerra Mundial, Ruedo Ibérico, París, 1969.

- http://paris.rutascervantes.es/ruta/lanueve

PORTFOLIO
La Nueve.
DOCUMENTS
Carte de visite d’Amado Granell.
Mots-clés
Biographie