LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Les Espagnols dans la Résistance

1940-1945


La participation des Espagnols de la Plaine Saint-Denis à la Résistance


Dans la droite ligne de la solidarité avec l’Espagne républicaine, quelques habitants de la Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis, membres du Parti communiste français (PCF), des Jeunesses communistes (JC) ou des Jeunes Filles de France (JFF), se mobilisent dès l’été 1940 dans un embryon de résistance à l’occupant allemand : distributions de tracts, inscriptions et collages de papillons antinazis, participation à la manifestation interdite du 14 juillet 1941 à Paris.


Le 18 septembre 1941, une rafle de l’armée allemande dans le quartier entraine l’arrestation et la détention temporaire de 300 hommes espagnols. Entre cette date et la fin novembre, onze Espagnols et cinq Français membres des JC ou du PCF sont arrêtés, ainsi que deux jeunes Espagnoles des JFF. Les trois plus âgés avaient quitté la France pour participer à la guerre civile dans le camp républicain. La plupart des dix jeunes, âgés de 18 à 23 ans, avaient vu un homme de leur famille quitter la France pour s’engager pour la République.

Après plusieurs interrogatoires musclés par la Gestapo, tous sont internés à la prison de la Santé. Classés Nacht und Nebel, ils sont déportés en Allemagne au printemps 1942, afin d’y être jugés. Cecilio Baena, Lucas Fernandez, Adolfo Marcos, Roger Férec et Robert Toupin, jugés à Trèves en janvier 1943, sont condamnés à mort pour leur rôle dirigeant dans le groupe de la Plaine, au motif suivant : « Les condamnés ont favorisé l’ennemi, avant et après le début du combat contre l’Union Soviétique, par l’organisation communiste et diverses activités en territoire occupé. » Ils sont guillotinés le 11 août 1943, à Cologne.

Zoilo Granja, Marcel Martin et Manuel Torres entament un long qui les amène à la prison de Breslau puis dans les camps de Grossrosen et de Dachau, où ils sont libérés par l’armée américaine fin avril 1945 puis rapatriés vers la France. Marcel et Pierre Fernandez, respectivement déportés à Dora et à Buchenwald, et Raymond Febrer, interné à Dora, reviennent également de déportation, très affaiblis, en mai 1945. Mais les deux plus âgés des Espagnols du groupe de la Plaine, Vicente Riancho et Benito Rivero, sont morts d’épuisement à Grossrosen, en décembre 1944 et en mars 1945.

Après les prisons de Cologne, Magdebourg, Leipzig et Breslau, Angèle Martinez et Léone Rubiano sont internées à Ravensbrück en 1944. Épuisée par le froid, la faim et le travail forcé, Léone Rubiano y meurt de la tuberculose en février 1945. Un peu plus tard, Angèle Martinez subit un ultime transfert vers Mauthausen ; gravement atteinte de la tuberculose, elle affirme n’avoir survécu que grâce à l’indéfectible solidarité des nombreux Espagnols internés dans ce camp. Elle est finalement libérée fin avril 1945 et rapatriée à Paris.

Quelque temps avant la rafle de 1941, Benito Sacristan, secrétaire des JC pour la région Paris-Nord quitte la Plaine-Saint-Denis et entre dans la clandestinité à Paris, où il intègre les premiers groupes de francs-tireurs de la JC, les Bataillons de la Jeunesse. Arrêté le 19 juin 1942, à Paris, par la police française qui le remet aux Allemands, il est fusillé au Mont-Valérien le 11 août suivant.

Références

- De la Martinière, Joseph, Nuit et Brouillard à Hinzert, Tours, Université François Rabelais, 1984.

- Lillo, Natacha, La Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis, Paris, Autrement, 2004.

PORTFOLIO
Manifestation en mémoire aux républicains espagnols.
DOCUMENTS
Certificat militaire délivré en 1939 à un habitant d’Aubervilliers.
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