LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Vie associative

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Depuis leur création à la fin du XIXème siècle les associations d’émigrés en France ont changé leur rôle et leurs objectifs en fonction des besoins des individus qui ont constitué les différents flux migratoires. Ainsi, si dans leurs débuts les associations avaient un caractère mutualiste, celles-ci se sont transformées en consonance avec l’évolution des deux pays, pour se concentrer principalement à l’heure actuelle sur les activités culturelles ibériques et sur l’aide aux populations migrantes.

Alors qu’il existait déjà une émigration depuis la moitié du XIXème siècle, la première vague significative n’apparaît qu’à partir de la Première Guerre mondiale [1]. A tel point que l’on peut lier cette période au premier associationnisme émigrant espagnol. Ce type d’associationnisme comptait sur le soutien de l’Eglise catholique, des élites provenant de l’Espagne et installées en France et/ou des différents gouvernements [2]. Les activités promues dans ce contexte allaient du soutien financier en cas de maladie ou veuvage, jusqu’à l’organisation d’évènements ludico-festifs, tels que des colonies pour enfants, du théâtre ou des rites à caractère religieux.

Dans cette période se forment différentes associations, comme le Foyer des espagnols à Saint-Denis ou dans les régions du Sud, la Colonie espagnole de Béziers, ou même le Solar espagnol à Bordeaux.

Bien que cette première forme d’associationnisme n’eût pas initialement un caractère
politique, elle rend compte des transformations sociales propres de cette période historique. A savoir, le fait que le mouvement ouvrier commence à s’organiser et que l’Eglise espagnole commence à occuper l’espace dudit mouvement dans le but de freiner l’avancée des idées de celui-ci au sein de l’émigration.

Par ailleurs, en raison des circonstances politiques, surtout pendant la décennie agitée des années 1930 et dans les années 1940, les forces politiques opposés ont essayé d’instrumentaliser le mouvement associatif. C’est pour cela que, si à la fin de la Guerre civile, la Colonie a hébergé les refugiés républicains espagnols, les deux autres ont permis et stimulé la présence de la Phalange espagnole dans sa tentative de s’implanter parmi les émigrés espagnols [3].

Dans ces circonstances se produit une mutation des réseaux de population d’émigrés
espagnols en France, en raison de l’exode massif de républicains et de républicaines après le triomphe franquiste. Ce type d’émigration, dont la population sera majoritaire dans l’ensemble de l’émigration espagnole en France jusqu’aux années 1960 en raison de son rôle politico-militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, donnera lieu à un autre type d’associationnisme qui fonctionnera en parallèle avec le précédent. En même temps celui-ci commence à se détacher de ses racines, à partir du moment où le soutien aux puissances de l’Axe de la part du franquisme génère son discrédit parmi les masses ouvrières émigrées, qui commencent à se sentir plus proches du communisme, mouvement qui les avait déjà défendues pendant la guerre, chose que l’Eglise catholique n’avait pas faite.

Cet associationnisme d’un nouveau genre sera celui des combattants qui luttèrent contre le fascisme et le nazisme en espérant que leur lutte s’étende au delà des pyrénéens. Parmi les associations nées après la guerre se trouve la Fédération espagnole des déportés et internés politiques (FEDIP).

Cette fédération, créée en 1945 à Toulouse, prétend défendre les intérêts des veuves et orphelins des déportés aux camps de concentration, ainsi que la vie de ceux qui réussirent à survivre de l’enfer, marqués par des séquelles. Pourtant, la disparition de ces derniers, ainsi que le temps, menèrent à la dissolution de la fédération en 2006, après soixante ans d’existence.

Cette émigration, à caractère éminemment politique, cessera d’avoir un poids significatif dans le monde associatif après l’acceptation du franquisme par la communauté internationale à la fin des années 1950 [4].

Cette période, pendant laquelle se produit la montée des technocrates de l’Opus Dei au sein du gouvernement franquiste, marginalisant la Phalange espagnole, s’inaugure avec l’ouverture internationale de l’Espagne, ce qui permit l’affluence massive d’espagnols vers la Suisse, l’Allemagne et la France.

Dans ce contexte qui dure au moins jusqu’à la crise économique de 1973, l’associationnisme mutualiste commence à abandonner son sens premier, dû au fait que le développement du bien-être garantit les assurances et les droits sociaux des travailleurs, même lorsqu’ils sont étrangers. Il faut rajouter l’accord signé entre le gouvernement franquiste et la République française qui permet d’établir un cadre de coopération bilatéral de sécurité sociale. De cette manière, l’associationnisme va commencer à concentrer ses efforts pour la garantie de l’intégration des Espagnols dans les sociétés d’accueil. Egalement, cet associationnisme va permettre de maintenir les liens symboliques des émigrés avec leur pays d’origine, car les
lieux crées par les associations ont permis aux Espagnols de prendre contact avec leurs compatriotes, ce qui leur a rendu la vie plus facile en France (la recherche d’emploi, de logement, etc.) et en même temps leur a permis d’obtenir des informations sur l’Espagne [5].

De leur coté, les immigrés commencent à se soucier de l’éducation de leurs enfants en lien avec la culture ibérique, et pour cette raison l’éducation est intégrée dans les revendications de ce collectif. De cet intérêt surgit l’Association des parents de familles espagnoles en France (APFEEF). Cette forme d’associationnisme diffère de la précédente dans la mesure où elle ne s’intéresse pas uniquement à enseigner le français aux nouveaux arrivés, mais aussi à ce que les enfants des espagnols aient accès à la culture et à la langue de leurs parents. Pour atteindre cet objectif ses actions vont viser à influencer l’Administration espagnole dans le but
d’obtenir le financement des cours complémentaires de langue et culture espagnoles.

Comme ce qui s’était passé pendant la Guerre civile, les mouvements politiques ont essayé d’instrumentaliser le mouvement associatif, ce qui amena l’Eglise ainsi que les forces antifranquistes à chercher le soutien des associations pour se garantir le soutien des émigrés. En ce qui concerne le gouvernement franquiste, il créa les Maisons de l’Espagne dans différentes régions, dirigées par des fonctionnaires espagnols. Alors que, de son coté, l’opposition antifranquiste, concentrée autour du PCE (Parti communiste d’Espagne), soutiendra la création d’associations, ainsi que l’évolution de celles déjà existantes, dans le but d’organiser la dénonciation et la lutte contre le régime franquiste et d’améliorer la vie des travailleurs émigrants.

Une des tendances que l’on observe autour de l’associationnisme à partir des années 1970, est de se fédérer pour pouvoir compter sur une plus grande influence, comme c’est le cas de la Fédération d’associations d’émigrés espagnols en France (FAEEF), dont la principale fonction consiste en la promotion de la culture ibérique, ainsi qu’au maintien de la culture espagnole au sein des deuxièmes et troisièmes générations et même à l’aide aux gestions administratives auxquelles les émigrés doivent faire face.

Après la mort du dictateur et la restauration de la démocratie en Espagne, l’associationnisme commence à décliner pour diverses raisons, parmi lesquelles on peut souligner le retour, mais aussi l’intégration des nouvelles générations nées dans les pays de destination ainsi que le vieillissement de la population [6].

Pourtant, la tendance à se fédérer continue, d’où la naissance de l’actuelle Fédération
d’associations et centres d’émigrés espagnols en France (FACEEF), qui est le résultat de la fusion de la FAEEF et de la APFEEF en 1991 et qui existe toujours aujourd’hui.