LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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La librairie espagnole

1947 - 2004



La librairie espagnole est qualifiée par beaucoup de « librairie historique », fondamentalement liée à la personnalité de son propriétaire, Antonio Soriano, libraire républicain exilé, qui s’engage tout au long de sa vie en faveur du savoir et de la démocratie et dont le rôle de passeur entre la culture française et espagnole ne peut être remis en question.


Article du quotidien El País sur la Librairie espagnole de Paris, 26 (...)

En 1946, Antonio Soriano, qui vient d’arriver à Paris avec pour tout bagage deux valises de livres, s’installe dans un premier temps au 48 rue Mazarine, où la famille Buñuel lui prête une chambre dans laquelle il tient boutique en vendant des livres espagnols tous les jeudis. Après quelques mois, il loue un local au 78 rue Mazarine. Il y reste plus de trois ans, avant de s’établir au 72, rue de Seine.

La librairie espagnole possède dès sa création une fonction de cristallisation pour la gauche républicaine espagnole et est un lieu fondamental d’animation culturelle pendant les longues années de l’exil. Dans un premier temps, elle attire les universitaires et les étudiants préparant des diplômes d’espagnol. Elle travaille étroitement avec la Sorbonne et l’Institut d’études hispaniques qui y est rattaché. Puis, comme le souligne Gérard Malgat, dans les années 1950-1960, « la Libraire Espagnole vend majoritairement à une clientèle française. Les Espagnols exilés en France après la chute de la République continuent pour nombre d’entre eux à être affiliés à un parti politique et achètent plutôt des ouvrages publiés par les éditions de leurs structures politiques. » [1].

Au fil du temps, la librairie accueille de plus en plus d’Espagnols qui, voyageant en France, cherchent à acquérir les livres censurés par le régime franquiste dans la péninsule. Les enfants des émigrés économiques font aussi partie de la clientèle de la librairie (achat de livres de grammaire, de classiques espagnols et de romans). Sonia Soriano se souvient également que « même des bonnes de la Rue de la Pompe venaient y acheter de la littérature à l’eau de rose » [2].

Les lundis de la librairie espagnole, les Tertulias, réunissent de nombreux intellectuels espagnols de gauche, aussi bien émigrés que de l’intérieur, des hispanistes et des intellectuels tels Albert Camus, Emmanuel Roblès, José Bergamín, Pedro Salinas, Manuel Tuñón de Lara, José Corrales Egea, Dominique Aubier, Baltasar Lobo, Juan Goytisolo et la liste est encore longue. Les Tertulias accueillent des présentations de nouveaux livres ou des séances de dédicaces, qui donnent parfois lieu à des conférences ou des lectures.

En 2004, face à l’augmentation des loyers dans le Quartier Latin, la librairie se voit contrainte de déménager pour émigrer vers Montparnasse au 7 de la rue Littré. Peu de temps après, elle doit cependant fermer ses portes.

Références

- Malgat, Gérard, « La librairie espagnole ou la littérature en liberté », in : Hommage à Antonio Soriano, Embajada de España, Paris, 2005.

- Entretien avec Sonia Soriano réalisé par Aurélie Denoyer, 9 octobre 2012, Paris, FACEEF.

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