LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
un site créé par la FACEEF

Casa de España

1978 - 1992



La Casa de España est créée en 1978 afin de promouvoir les cultures hispaniques à l’étranger. Dès 1979, elle connaît un grand succès, accueille en moyenne 3000 personnes par semaine et propose de nombreuses activités le week-end. Des chanteurs (Amancio Prada), des poètes (Antonio Gala), des politiciens (Santiago Carrillo, Felipe González), des écrivains (Jorge Semprún), des comédiens (Victoria Abril) et des réalisateurs (Pedro Almodovar) commencent à fréquenter la Casa de España à partir des années 1980.


Exposition des caricatures d'Andres Vazquez de Sola.

La Casa de España est créée en 1978 par la Direction générale de l’émigration du ministère du Travail et des Affaires sociales espagnol en liaison avec l’Institut espagnol d’émigration (IEE). A cette adresse se trouvait un bâtiment acheté par l’Etat espagnol en 1976.

A la même époque, de nombreuses Casas de España sont implantées dans les pays où les émigrants se sont installés : RFA, Pays Bas, Suède, et d’autres parties du monde. En France, des Casas existent également en province, dans les régions où la communauté espagnole est importante. Un directeur envoyé de Madrid a pour charge de gérer cette institution. Au début, Vicente Vallero, directeur jusqu’en 1980, est seul. Il dispose d’une salle de jeu pour que les Espagnols puissent s’y réunir pour jouer aux cartes, d’une salle de télévision et de machines à écrire pour les cours de dactylographie dispensés aux femmes. En effet, le régime conçoit la politique d’émigration comme une politique d’assistance et de contrôle des diverses colonies d’Espagnols à l’étranger. C’est cette idée qui préside la création des Casas de España. Cependant, Madrid se méprend sur les conditions de vie de ses ressortissants à Paris, qui n’ont nullement besoin de formations professionnelles. Le lieu est donc dans un premier temps vide, sans public : lieu imposé par le haut, les émigrés espagnols n’y sont que peu impliqués. Le directeur, très jeune (26 ans), fonctionnaire du ministère du Travail, rencontre alors Pepe Agost, arrivé à Paris en 1974 avec une bourse afin d’étudier le théâtre et qui fait partie d’une troupe cherchant un endroit pour répéter. Le lieu a du potentiel : c’est un grand bâtiment, comprenant de nombreuses salles. Rapidement, ils pensent à y organiser des expositions, à ouvrir une bibliothèque, en bref, à en faire un centre culturel.

Dans un premier temps, les associations d’émigrés n’interviennent pas, pensant que ce nouveau lieu est réservé à l’élite. Cependant, pour en faire un lieu culturel, la direction souhaite y faire entrer les associations. Un conseil d’administration regroupant les principales d’entre elles, présidé par le directeur de la Casa de España, est alors créé, ce qui force l’administration espagnole à ouvrir le lieu et à en faire un espace d’expositions, de concerts, de pièces de théâtre, etc.

L’inauguration officielle a lieu le 28 octobre 1978. Dès 1979, la Casa de España est une vitrine du rayonnement culturel espagnol à Paris et connaît un grand succès : ouverte de 9h à 21h, elle accueille en moyenne 3 000 personnes par semaine et propose de nombreuses activités le week-end.

Au 1er étage se trouvent l’administration et la salle de conférence ; au 2ème étage, une salle d’exposition ; au 3ème étage, la bibliothèque ; et au 4ème étage, l’appartement du directeur et du concierge. Il y a également une grande salle polyvalente, une petite salle d’imprimerie et des ateliers dans la cour : un pour les enfants, un atelier céramique, un atelier de gravure.

Au départ, tous les employés sont espagnols (un directeur, un comptable, un chargé de la culture qui n’est autre que Pepe Agost). Paco de la Rosa y travaille également comme collaborateur, il y donne des cours de guitare, anime des soirées musicales. La moyenne d’âge du personnel (une quinzaine de personnes très impliquées dans le projet) est de 26 ans. Une des premières grandes expositions a lieu en 1982 (exposition d’Antonio Saura avec des textes de Rafael Alberti).

Elle marque un véritable tournant. A partir de là, des chanteurs (Amancio Prada), des poètes (Antonio Gala), des politiciens (Santiago Carrillo, Felipe González), des écrivains (Jorge Semprún), des comédiens (Victoria Abril) et des réalisateurs (Pedro Almodovar) commencent à fréquenter la Casa de España.

Une exposition sur Goya attire même Joan Miro, qui accepte d’y organiser lui aussi une exposition. Malheureusement, en 1984, la Casa doit fermer pour travaux et l’exposition Miro ne voit le jour qu’en 1986, après sa mort. Durant ces travaux, un auditorium, une salle d’exposition avec verrière et un théâtre sont aménagés.

La Casa de España a donc connu deux périodes. La première période, durant laquelle elle doit faire ses preuves, est marquée par trois expositions (sur les premiers hommes, sur Goya et sur Saura). Environ 25 concerts et six pièces de théâtre y sont joués par an.

La seconde, où la réputation de la Casa est installée : elle accueille les expositions Malraux et l’Espagne (avec des textes de Semprún, des œuvres de Picasso et l’avion de Malraux) et Paris por Supuesto (rassemble les œuvres de tous les grands artistes à Paris dans les années 1980).

Au niveau de ces liens avec le milieu associatif espagnol, la première période donne jour à une collaboration importante avec l’APFEEF, la FACEEF, Flamenco en Francia, collaboration qui se raréfie cependant durant la seconde période.

En 1992, sur décision du ministère du Travail espagnol (gouvernement González), la Casa de España est fermée et remplacée par l’Institut Cervantes, uniquement financé par le ministère de la Culture espagnol. Cela traduit un tournant, celui d’un pays non plus d’émigrants mais d’un pays de l’Union européenne n’ayant plus pour mission d’intégrer ses émigrés à l’étranger.

Références

PORTFOLIO
Affiche du spectacle Ligazón.
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