LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
un site créé par la FACEEF

Bidonvilles espagnols en banlieue nord

1922-1974



Dès 1922, malgré la multiplication des constructions et la surélévation des bicoques de plain-pied, l’espace de la Petite Espagne devient insuffisant devant l’afflux des Espagnols à la Plaine Saint-Denis. Des baraques de planches sont édifiées à la va-vite par les nouveaux arrivants sur d’anciens terrains maraîchers entre les rues Paul-Lafargue, Francis-de-Pressensé et le chemin du Cornillon, donnant naissance au lotissement du Cornillon.


À la même époque, à l’ouest de la Plaine, s’installe un lotissement sauvage d’une parcelle au niveau du 7 rue Pleyel. Mais le lotissement en autoconstruction de Saint-Denis qui abrite le plus d’Espagnols dès 1924 est celui du Franc-Moisin, au nord-est de la Petite Espagne, de l’autre côté du canal. Il est baptisé le « quartier chinois » en référence au Barrio Chino de Barcelone. La viabilité des terrains n’ayant pas été assurée par leurs propriétaires, les habitants de ces trois micro-quartiers vivent dans des conditions d’hygiène très rudimentaires. Grâce à de nombreux jardins potagers, clapiers et poulaillers, les immigrés espagnols renouent avec leurs origines rurales tout en disposant d’un appoint alimentaire non négligeable. On assiste également au lotissement d’un terrain appartenant à l’héritier d’un maraîcher de la Plaine sur la commune de Drancy, baptisé par ses habitants le quartier nègre (« barrio negro », soit quartier noir en espagnol).

Au fil des années, les baraques en bois de l’entre-deux-guerres sont remplacées par des maisonnettes en parpaings. A partir de 1962-1963, alors que « Pleyel » a disparu, le Franc-Moisin et le Cornillon voient à nouveau l’afflux de nombreux migrants confrontés à l’absence de logement. En provenance d’Espagne mais aussi du Portugal, ils s’installent dans des bicoques en bois, en papier goudronné et en tôle ou dans de vieux bus, camions et caravanes. A la même époque, au nord de la commune de Saint-Denis, naissent deux bidonvilles majoritairement habités par des Espagnols dans un premier temps : La Campa, à cheval sur le territoire de La Courneuve ; le chemin de Marville, à proximité de l’hôpital Delafontaine.

Le long processus de résorption des bidonvilles dans la zone s’étend jusqu’en 1973-1974 avec la construction de grands ensembles d’habitat à loyer modéré (HLM) comme, entre autres, la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis et celle des 4 000 à La Courneuve. De nombreux Espagnols y sont relogés et font partie de leurs premiers habitants. Certains y vivent encore 40 ans plus tard.

Références

- Barron, Pierre, « Le “quartier nègre”, histoire sociale d’un quartier d’ouvriers espagnols depuis 1924 », mémoire de DEA de sociologie, EHESS, 1998, dactyl.

- Lillo, Natacha, Le Franc-Moisin, naissance et évolution d’un quartier en autoconstruction (1922-1970), in H. Masurel (dir.), Etudes et Recherches N° Hors-Série, « Le Franc-Moisin entre histoire et mémoires », décembre 2008, pp. 18-29.

- Lillo, Natacha, La Petite Espagne de la Plaine-Saint-Denis 1900-1980, Paris, Autrement, 2004, 168 p.

- Villain, Christian, Le Franc-Moisin. Un quartier de Saint-Denis et ses habitants immigrés, 1922-1954, mémoire de maîtrise d’histoire, Paris VIII, 1998, dactyl.

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