LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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L’arrivée à Paris durant les années 1960



Suite à l’ouverture des frontières par Franco, de nombreux Espagnols émigrent irrégulièrement, soit à la suite d’un premier séjour comme saisonniers agricoles, soit en faisant appel aux réseaux migratoires existant depuis l’entre-deux-guerres. Ils n’utilisent que peu les structures officielles espagnoles et françaises car ils se rendent vite compte qu’ils seront régularisés dès qu’ils auront trouvé un emploi. Partir avec un simple passeport de touriste leur permet d’échapper à la sélection de l’Institut espagnol d’émigration, étroitement contrôlé par les fonctionnaires phalangistes. 


Entre 1960 et 1965, seuls 22 % des 432 000 Espagnols venus en France au titre de l’immigration permanente passent par les voies officielles. Face à ce phénomène et pressé par les demandes insistantes du patronat, l’ONI devient d’ailleurs de plus en plus laxiste lors des visites médicales pratiquées à Irún : alors qu’en 1959, 11 % des postulants étaient refusés comme « inaptes », ils n’étaient plus que 6 % en 1962 et… 1 % en 1965 [1].

Tout au long du XXe siècle, de nombreux immigrés espagnols arrivent à Paris par voie ferroviaire. En effet, la proximité géographique entre la France et l’Espagne, ainsi que la facilitation du passage de la frontière, permettent de réduire le coût du trajet qui se limite alors au prix du billet de train depuis l’Espagne jusqu’à la France.

La gare d’Austerlitz, située au cœur de Paris, est un lieu d’arrivée emblématique pour les Espagnols émigrant vers la capitale française et sa région, afin d’y trouver du travail. Les trains, en provenance d’Espagne (Madrid-Valladolid-Irún ; Valence-Barcelone), qui sont à l’époque en bois, y arrivent bondés avec souvent beaucoup de retard. Dans les années 1960, il arrive que de jeunes personnes, ainsi que des femmes, effectuent seules le voyage. Des proches les attendent parfois en gare d’Austerlitz. Dans le cas contraire, il leur faut trouver rapidement et par leurs propres moyens un lieu de résidence pouvant les accueillir.

Le centre d’accueil du 34 boulevard de l’Hôpital, situé dans le 13ème arrondissement de Paris, proche de la Gare d’Austerlitz, est créé à la fin des années 1960 et est géré, dans un premier temps, par le ministère du Travail espagnol ainsi que par l’Institut espagnol d’émigration. Une petite équipe de l’IEE est alors envoyée à Paris pour s’occuper de la gestion du centre d’accueil. Il héberge à l’époque de nombreux immigrés espagnols pour quelques nuits gratuitement, le temps de trouver un logement, une chambre en foyer ou en résidence, ou bien encore de prendre contact avec des proches habitant Paris ou la région. Des dortoirs comprenant des lits superposés sont mis à la disposition des arrivants. A partir de la fin des années 1970, le centre du boulevard de l’Hôpital s’occupe de l’accueil des professeurs espagnols (recrutés et envoyés par le gouvernement espagnol) chargés d’exercer leurs fonctions dans le cadre des classes complémentaires de langue et culture espagnoles à Paris. En 1987, il passe sous la direction du ministère de l’Education espagnol et s’équipe d’un centre de documentation.

L’arrivée des immigrés espagnols dans les années 1960 et, plus particulièrement, des jeunes filles, est également largement prise en charge par l’Eglise catholique. Ainsi, le Foyer de la Jeune Fille de la rue Saint-Didier ou la Résidence des Adoratrices (situés dans le 16ème arrondissement) permettent de loger pendant quelques jours les jeunes filles espagnoles arrivant seules à Paris, jusqu’à ce que ces dernières trouvent un travail, le plus souvent comme employées de maison dans les grandes habitations bourgeoises des arrondissements composant l’ouest parisien.

La Porte Maillot, la Porte de Bagnolet et la place de la Bastille sont également des lieux d’arrivée de l’immigration espagnole à Paris et en Ile-de-France. C’est à ces deux portes, l’une située à l’ouest de Paris et l’autre à l’est, qu’arrivent les autocars des compagnies Iberbus et Linebus en provenance de différentes villes d’Espagne (Valence pour la porte Maillot).

Références

- Fernández Vicente, María José, Emigrer sous Franco. Politiques publiques et stratégies individuelles dans l’émigration espagnole vers l’Argentine et vers la France (1945-1965), ANRT Diffusion, Lille 2010, p. 494.

- Lillo, Natacha, « Espagnols en « banlieue rouge ». Histoire comparée des trois principales vagues migratoires à Saint-Denis et dans sa région au XXe siècle », thèse de doctorat d’histoire, Paris, Institut d’études politiques.

- Oso Casas, Laura, Españolas en París. Estrategias de ahorro y consumo en las migraciones internacionales, Bellaterra, Barcelona, 2004.

- Oso Casas, Laura, « Chambras, loges, pubelas et burones : stratégies professionnelles et de mobilité sociale des Espagnoles à Paris », in Migrance, Hors-série troisième trimestre « Un siècle d’immigration espagnole en France », éditions Mémoire-Génériques, 2007.

- Tur, Bruno, « Stéréotypes et représentations sur l’immigration espagnole en France », in Migrance, Hors-série troisième trimestre « Un siècle d’immigration espagnole en France », éditions Mémoire-Génériques, 2007.

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