LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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La "Petite Espagne" de la Plaine Saint-Denis

1915 - 1990


Quartier de la Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis


La Petite Espagne est née au nord de l’agglomération parisienne, à la Plaine Saint-Denis, territoire marqué du sceau de l’industrie lourde, situé à cheval sur les communes de Saint-Denis et d’Aubervilliers. Entre l’avenue du Président Wilson à Saint-Denis et le canal à Aubervilliers, autour de la rue de la Justice (Cristino García depuis 1946).


L'impasse Boise en 1947, la Plaine Saint-Denis.

Au début du XXe siècle, environ 300 Espagnols habitent déjà la Plaine. Mais sa véritable naissance date de la Première Guerre mondiale, quand des milliers de ruraux sont venus d’Estrémadure et du Nord de la Vieille Castille pour travailler dans les grandes usines métallurgiques et chimiques dont la production est destinée à l’effort de guerre. Au pied de ces bagnes industriels, ils occupent des cabanes de maraîchers, des caves, de petits immeubles collectifs construits par leurs prédécesseurs bretons et bâtissent leurs propres baraques. La plupart d’entre eux rentrent au pays fin 1918 mais, vu la crise qui y sévit, ils reviennent quelques mois plus tard, accompagnés de leur famille. Ils sont bientôt rejoints par des frères, des cousins, des amis, des « pays » : en 1921, on recense 1 430 Espagnols à Saint-Denis (dont 86,5 % à la Plaine), 2 635 en 1926 (83 % à la Plaine) et 3 425 en 1931 (81,5 % à la Plaine), date de l’apogée de la communauté avant guerre.

Dans le quartier des passages, entre les rues de la Justice et du Landy, l’occupation des parcelles se densifie, les baraques en bois sont remplacées par des maisonnettes en parpaings et en mâchefer ; des étages sont ajoutés et des balcons apparaissent, ces constructions anarchiques dessinant un labyrinthe de « courras », où les familles espagnoles vivent dans des conditions de promiscuité extrêmes. Durant l’entre-deux-guerres, la colonie se structure autour de la paroisse Santa Teresa de Jesús, de ses épiceries-buvettes, de ses salons de coiffure, de ses vendeurs des quatre saisons et de son indispensable équipe de football.

La crise des années 1930 touche de plein fouet les manœuvres espagnols, confrontés à la politique des quotas et aux licenciements. Une partie d’entre eux choisit de retourner au pays, notamment à la suite de l’instauration de la Seconde République en 1931.
En juillet 1936, après le déclenchement de la guerre d’Espagne, la majorité des habitants du quartier participe à la solidarité avec la République, engagement antifasciste qui se poursuit à l’occasion de la Résistance. Après la victoire de Franco, la Petite Espagne accueille de nombreux exilés républicains, dont plusieurs épousent des filles d’immigrés « économiques » de la période précédente.

Dans les années 1955-1965, le quartier voit l’arrivée de très nombreux Espagnols appartenant à la vague migratoire des Trente Glorieuses, venus notamment d’Estrémadure. Comme leurs prédécesseurs, ils sont confrontés à la promiscuité et à des conditions d’hygiène parfois déplorables, avec notamment l’apparition du bidonville du Cornillon.

Au fil des années 1980 et 1990, la population d’origine espagnole quitte le quartier, laissant la place à des migrants venus d’autres horizons – Algériens, Portugais puis Cap Verdiens, Sri Lankais, Maliens, etc. A l’image de la chapelle du Patronato, les petits commerces tenus par des Espagnols ferment. A partir de 1995, la manne financière apportée par la construction du Stade de France entraîne la destruction des friches industrielles et de la plupart des « courras », remplacées par un parc social et privé constitué de petits immeubles.

Références

- Lillo, Natacha, La Petite Espagne de la Plaine-Saint-Denis 1900-1980, Autrement, Paris, 2004

- Lillo, Natacha, « Espagnols en « banlieue rouge ». Histoire comparée des trois principales vagues migratoires à Saint-Denis et dans sa région au XXe siècle », thèse de doctorat d’histoire, Paris, Institut d’études politiques, 966 p.

PORTFOLIO
Photo de groupe.
DOCUMENTS
Lettre adressée à un ouvrier espagnol de la tréfilerie "Mouton" de La Plaine Saint-Denis, 1914.
Carte individuelle d’alimentation d’un habitant du quartier, 1946.
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