LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Les chambres de bonnes

De 1960 à nos jours



L’emploi comme "bonne à tout faire" a été essentiel dans la configuration de la migration des femmes espagnoles arrivées à Paris dans les années 1960 et 1970 et, plus concrètement, a servi de porte d’entrée dans la capitale française pour nombre d’entre elles.


Couverture du livre Conchita et vous... (1968)

A Paris, on trouve les chambres de bonnes principalement dans les quartiers les plus bourgeois de la capitale comme le VIIe, VIIIe et XVIe arrondissement de Paris ainsi qu’à Neuilly-sur-Seine et Auteuil. La rue de la Pompe, dans le XVIe, où siège la Mission Espagnole, reste emblématique de cette activité.

En effet, le XVIe est non seulement l’arrondissement des domestiques, mais aussi celui des diplomates, des représentants du gouvernement en exil ainsi que ceux du gouvernement de Franco. Pourtant, les commerces espagnols y sont très rares. On y trouve seulement quelques banques, comme El Banco de Bilbao, et l’agence de voyage Mélia située place Victor Hugo qui organise des allers-retours entre Paris et l’Espagne pour les migrants. La librairie espagnole, rue de la Tour, est le seul magasin destiné aux migrants dont l’inscription est en espagnol.

En général, les derniers étages des bâtiments haussmanniens très présents dans ces quartiers sont réservés aux chambres de service. Les chambres de bonnes disposent d’une surface très réduite, les toilettes se trouvant généralement dans le couloir. Dans certains de ces bâtiments, les chambres réservées aux « domestiques » disposent d’un escalier isolé permettant de communiquer par une porte avec la cuisine de chacun des appartements, escalier qui ne permet pas d’accéder à l’ascenseur et qui, parfois, communique avec la rue à travers une entrée séparée. Cette répartition spatiale visait la ségrégation sociale entre employés et employeurs.

Les chambres de bonnes n’ont pas seulement constitué une porte d’entrée pour la migration de femmes seules, mais aussi une plate-forme d’arrivée pour l’immigration des couples. En effet, l’emploi de l’épouse est bien souvent la clé de l’insertion initiale à Paris pour les couples ayant décidé de migrer ensemble. La forte demande d’employées de maison pendant les années 1960 et 1970 permet aux Espagnoles de trouver rapidement un travail en tant que "bonne à tout faire", ce qui facilite le logement en France. Puisque les chambres de bonnes sont isolées du contrôle des patrons, les deux membres du couple peuvent résider dans ces espaces. En revanche, l’étroitesse du logement ne permet pas l’hébergement des enfants – ces chambres ne sont une bonne stratégie que pour les femmes célibataires ou les couples sans enfants.

L’étroitesse du logement et les conditions de vie difficiles qui s’ensuivent sont un sacrifice nécessaire : l’hébergement dans une chambre de bonne permet de maximiser l’épargne puisque les frais de logement sont couverts par le travail de la femme, ce qui rend l’objectif d’un retour rapide au pays plus accessible.

Comme on peut le voir, l’emploi de "bonne à tout faire" facilitait la première arrivée en France et l’épargne monétaire. Cependant, au fur et à mesure, les conditions de vie et de travail devenaient difficiles pour la migrante, puisque son espace de vie se limitait à quelques mètres. Au fil du temps, beaucoup d’Espagnoles ont abandonné cet emploi pour occuper d’autres professions, comme celles de femme de ménage ou de concierge.

Références

- Oso Casas, Laura, « Chambras, loges, pubelas y burones : stratégies de mobilité sociales des Espagnoles à Paris », in : Migrances, un siècle d’immigration espagnole en France, 3e trimestre, 2007.

PORTFOLIO
Chambre de bonne, Paris 16ème arrondissement, vers 1970.
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