LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Dispensaire Cervantès

1945-1984


Dispensaire Cervantès de la Croix-Rouge espagnole républicaine


A la Libération, le gouvernement français permet aux Alliés d’ouvrir des centres d’accueil et de soins afin de venir en aide aux personnes ayant vécu l’exil, l’internement et la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. Au moment où les hôpitaux américains et anglais voient le jour, la Croix-Rouge espagnole républicaine crée un dispensaire fin 1945-début 1946.


Le dispensaire Cervantes ne se contente pas uniquement de prendre en charge les victimes – prisonniers et déportés  des régimes fascistes et de la France vichyste : il ouvre ses portes à tous les Espagnols ayant fui le régime franquiste pour se réfugier et s’installer en France. Nombre d’entre eux sont confrontés à de multiples difficultés auxquelles Croix-Rouge espagnole républicaine tente de répondre par divers moyens.

Une équipe de médicale associative, (loi 1901), œuvre dans différents domaines : médecine généraliste ainsi que : radiologie, kinésithérapie, dentisterie. Durant cette première période de fonctionnement qui va de 1950 à 1960, les médecins en poste sont des républicains espagnols réfugiés depuis 1939, qui « partagent avec leurs patients non seulement la langue, mais aussi un destin commun : l’exil et le déracinement » [1].

Du début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1970, le dispensaire Cervantes connaît un réel succès. En effet, il accueille au cours des années 1960, plus de 20 000 patients par an, dont 75 % d’Espagnols. Les non-Espagnols sont principalement des personnes habitant le quartier. Entre 1973 et 1975, les réfugiés chiliens commencent à arriver en France suite au coup d’Etat du Général Pinochet, et nombre d’entre eux bénéficient de soins gratuits au dispensaire. Jusqu’à la fin des années 1970, le conseil d’administration qui gère et préside le dispensaire est majoritairement composé d’anarchistes et de francs-maçons.

En 1977, la Croix-Rouge espagnole républicaine, sur l’injonction du gouvernement espagnol d’Adolfo Suárez, change de nom et devient l’Association d’aide et de solidarité Miguel Cervantes. Cette association comporte environ 1 800 adhérents au début des années 1980, dont la majorité sont des patients du dispensaire.

Dès le début des années 1970, le dispensaire est menacé. En effet, les centres de santé subissent de plein fouet le contexte de crise généralisée, le prix des actes n’ayant pas augmenté autant que le coût de la vie. Entre 1978 et 1979, environ 1 800 centres ferment leurs portes sur l’ensemble du territoire français. Seuls les centres de santé subventionnés par les municipalités et les grands organismes publics comme les Caisses d’allocations familiales, restent ouverts [2].

Dès 1972, et grâce à la nomination de la nouvelle présidence de l’association Miguel Cervantes, de nombreux membres de l’association se mobilisent contre la fermeture du dispensaire. Les revendications sont adressées aux représentants du gouvernement espagnol en France, le Consulat espagnol d’Espagne est occupé, un gala de soutien est organisé à la salle Pleyel (gala pour lequel Leny Escudero et Paco Ibáñez viennent chanter) [3] dans le but d’obtenir de nouvelles subventions pour le dispensaire. Le président de l’Association Miguel de Cervantes, Francisco Monsonis, se rend en personne à Madrid afin de solliciter l’aide et le soutien du ministère des Affaires de l’émigrationLa presse française donne écho à ces mobilisations d’immigrés espagnols.

Cependant, à partir de 1975, le déficit du dispensaire Cervantes s’aggrave Les socialistes au pouvoir en Espagne en 1982 qui soutenaient le dispensaire Cervantes depuis ses débuts, lui promettent des subventions qui n’arrivent jamais. De plus, les patients se font plus rares, une partie des exilés ayant décidé de retourner vivre en Espagne après la mort de Franco. Des tensions internes commencent à apparaître et divisent le personnel et les patients des membres du conseil d’administration. Le dispensaire est mis en liquidation judiciaire en 1984, et un jugement prononcé en décembre 1984, entraîne sa fermeture.

Références

- Malgat, Gérard, Le dispensaire Cervantes de Paris : la santé solidaire de l’exil. Éléments pour une histoire du Dispensaire Cervantes, décembre 2004. Article non publié.

- Taboada-Leonetti, Isabelle, Les immigrés des beaux quartiers. La communauté espagnole dans le 16ème arrondissement de Paris, CIEMI L’Harmattan, Paris, 1987.

- Entretien avec Françoise Martinez Lopez réalisé par Lola Baldo, Paris, 22 janvier 2013, FACEEF.

- Entretien avec Francisco Monsonis réalisé par Lola Baldo, Paris, 22 janvier 2013, FACEEF.

DOCUMENTS
Statistiques du dispensaire Cervantès de l’année 1984.
Règlement intérieur du dispensaire Cervantès, 1965.
Convention entre la Ville de Paris et l’Association d’aide et de solidarité Miguel de Cervantes, 1984
Situation du dispensaire Cervantès, 24 février 1983.
Courrier du Maire de Paris, 15 mars 1984.
Principios rectores del dispensario Cervantes, el 16 de abril de 1966.
Note explicative du 6 juin 1984.
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