LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Les salles de concert

1960 - 1980



Suite à l’arrivée de nombreux migrants espagnols au début des années 1960, certains lieux festifs commencent à acquérir une forte connotation espagnole. Ainsi, une quantité non négligeable de salles des fêtes et de concert, de restaurants et cafés deviennent des lieux de rencontre et de sociabilisation exclusivement « espagnols ».


Concert de musique espagnole à l'occasion d'un bal, Paris, années (...)

Dans le XVIe arrondissement, dans les quartiers de la rue de la Pompe et du Trocadéro, ou dans le XIe arrondissement de Paris se déroulent en grande partie les activités de loisirs et de divertissement de fin de semaine des immigrés espagnols de Paris : bals, sorties au café, au cinéma et au restaurant, ballades dans les parcs et sur les grandes avenues. Ainsi, le week-end, les jeunes Espagnols aiment se promener le long de l’avenue Wagram, « s’exerçant à une pratique importée d’Espagne, celle du paseo, la promenade » [1]. Beaucoup de jeunes Espagnoles se retrouvent par exemple au café du Trocadéro les samedis après-midi et soir pour bavarder ou rencontrer avec de jeunes hommes, immigrés comme elles.

De nombreuses salles accueillent bals et concerts à partir du vendredi soir et assurent le divertissement pendant tout le week-end. La salle Wagram demeure l’un des lieux les plus emblématiques de la communauté espagnole immigrée. Elle a été la première salle de bal où se rendaient les Espagnols habitant Paris et la proche banlieue pour se divertir. Une autre salle, la salle Granada, est même créée au sous-sol de la salle Wagram par un des plus fameux chefs d’orchestre de l’époque, José de Alba, afin de pouvoir accueillir plus de monde.

A partir de 1965, la salle de la Maison des syndicats de la Grange-aux-Belles est également réquisitionnée tous les dimanches pour des bals et spectacles organisés notamment pour les républicains espagnols. L’orchestre Los Madrigales y joue alors très régulièrement, au côté des groupes Los Titans et Cristal, habituellement invités en seconde partie. Cette salle de concert et de spectacle est très active au milieu des années 1970.

A partir de 1971, le Cyrano, désormais devenu le Théâtre de la rue de la Roquette, accueille bals et concerts de musique espagnole les vendredis, samedis et dimanches. Cette salle est à l’époque tenue par les frères Sanchez, mais ferme ses portes en 1972. Elle est remplacée par le Globo, très actif jusqu’aux années 1980. Les deux chefs d’orchestre du Cyrano, Léo Vidal et José de Alba, se séparent : l’un part travailler au Globo, tandis que l’autre se dirige vers le Bataclan.

Le Bataclan, qui peut recevoir jusqu’à 3000 personnes, ouvre ses portes en 1972 sous la direction de José Unzueta. Des bals uniquement organisés pour les Espagnols s’y déroulent le week-end et le samedi soir. La salle est rachetée vers la fin des années 1970, pour ensuite être vendue à Antenne 2 qui souhaite y installer des studios de télévision.

La salle des fêtes de la mairie du XVIe arrondissement (salle de la Pompe), les Salons Hoch, la Salle Valencia (anciennement Boule Noire à Pigalle), le Bal de la Marine ou la Scala, sont autant de lieux où les jeunes Espagnols, hommes ou femmes, venaient danser, boire un verre et discuter pendant leurs jours de congé.

Davantage que les associations, plutôt fréquentées par des Espagnols d’une génération antérieure, les salles de bal et de concert font office de véritable « quartier général » pour les jeunes émigrés espagnols. C’est également en ces lieux que nombre de couples se forment.

Des groupes espagnols comme Los Titans, Los Ibericos, Lewis 65, Les Flammes, Mario Pop, Mayoral, Los Bohemios, Los Astros, Apocalyse tournent à l’époque dans les différentes salles « espagnoles » de Paris.

Références

- TUR, Bruno, « Vie de couple et stratégies professionnelles des Espagnoles à Paris », in Hommes et Migrations, numéro 1262, juillet-aout, 2006.

- Entretien avec Eduardo González réalisé par Lola Baldo, 25 janvier 2013, Paris, FACEEF.

- Entretien avec Juan Ferrer Hidalgo réalisé par Lola Baldo, 13 février 2013, Paris, FACEEF.

PORTFOLIO
Musiciens espagnols, Paris, années 1970-1980.
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