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    Depuis les débuts du XXe siècle jusqu’à nos jours, le Foyer de la jeune fille a joué un rôle important en accueillant de nombreuses jeunes femmes immigrées espagnoles. En effet, il (...)

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    Durant sa visite de 1913, le père Palmer s’émeut de la situation de dénuement matériel et spirituel des Espagnols vivant à la Plaine Saint-Denis. Avec l’accord du clergé local, un (...)

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Dès la fin du XIXe siècle, l’Église catholique espagnole, sous la tutelle de l’État espagnol monarchique, commence à s’implanter dans la capitale française et sa banlieue.

Ana Fernández Asperilla, dans son article concernant les immigrés espagnols à Paris à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle , souligne que la problématique de l’émigration était considérée en Espagne comme faisant partie intégrante de la question sociale, notamment à cause du nombre important d’immigrés espagnols en France, à cette époque. Selon elle, c’est ce qui explique l’intervention paternaliste de la monarchie et de l’Église catholique dans les relations avec les Espagnols immigrés à Paris ou en région parisienne.

A la toute fin du XIXe siècle, une présence religieuse et catholique espagnole se manifeste en région parisienne à travers l’Association hispano-américaine San Fernando, œuvre caritative fondée en 1892 par des femmes de la haute société espagnole, en faveur des travailleurs immigrés espagnols à Paris et de leurs familles.

Le début du XXe siècle est marqué par une forte émigration espagnole vers la région parisienne (grand besoin de main-d’œuvre pendant et après la Première Guerre mondiale), mais également par d’importants mouvements sociaux ouvriers et populaires en Espagne . L’Église catholique espagnole, afin de maintenir un certain « ordre » social au sein de la population espagnole immigrée à Paris et en région parisienne, décide alors de développer une activité considérable dans le domaine de l’action sociale en faveur des immigrés.

En novembre 1912, lors de descentes de police dans deux verreries de La Plaine Saint-Denis, sont découverts de très jeunes espagnols âgés de 8 à 14 ans, recrutés par des traitants de main-d’œuvre sans scrupules dans les campagnes du nord de la Castille et durement exploités. L’importante campagne de dénonciation de ces pratiques lancée par Le Matin, organe de presse de la SFIO, est reprise par la presse socialiste espagnole. Cela motive le roi Alphonse XIII à envoyer en région parisienne l’un de ses chapelains, le père clarétain Gabriel Palmer, afin d’enquêter sur la situation, tant sociale que pastorale, des immigrés espagnols.

Gabriel Palmer est donc à l’initiative de la grande œuvre catholique ayant pour objectif d’améliorer les conditions de vie des immigrés espagnols de la région parisienne, et plus particulièrement de ceux composant la population espagnole de Saint-Denis. En effet, ce dernier, dans une lettre datée du 17 mars 1930, souligne que c’est bien lui et « lui seul »* qui décide de mener à bien le projet de construction du Real Patronato Español Santa Teresa de Jesús à La Plaine-Saint-Denis, et ce « sans qu’il ne reçoive aucune aide financière de l’État espagnol »**. Dans cette lettre de 1930, il révèle que c’est la visite qu’il rendit, il y a plus de trente ans, à un « pauvre ouvrier espagnol » de l’hôpital Lariboisière, ainsi que sa venue dans le quartier de la Petite Espagne de La Plaine-Saint-Denis au début du siècle, qui lui donnèrent l’idée et l’envie de fonder la « grande œuvre religieuse et patriotique de Paris »***.

Ainsi, Gabriel Palmer participe à la fondation de la Mission catholique espagnole de l’Église de la rue de la Pompe en 1913, dans le 16ème arrondissement de Paris. Cette dernière, sous la direction de Palmer et avec l’accord du cardinal archevêque de Paris et du Roi Alphonse XIII, a alors pour but d’assurer le bon fonctionnement des missions religieuses catholiques en banlieue parisienne. Elle devient un véritable lieu de rencontre et de socialisation pour les immigrés espagnols habitant Paris, et notamment pour les femmes venues chercher du travail comme employées de maison à partir des années 1950.

Gabriel Palmer exerce donc ses fonctions religieuses à l’église de la Rue de la Pompe, tout en continuant à se déplacer dans d’autres communes où les Espagnols sont présents. Il missionne des prêtres appartenant à l’ordre des clarétains ainsi que des sœurs de la congrégation de Marie Immaculée (Saint-Vincent-de-Paul) et les envoie exercer leurs fonctions à La Plaine-Saint-Denis, Aubervilliers, Neuilly, Levallois-Perret, Pantin, Bagnolet et au Pré-Saint-Gervais. Plusieurs classes de catéchisme sont créées. Palmer rend visite aux malades dans les hôpitaux, tant et si bien que le cardinal archevêque de Paris recommande l’extension de sa mission à toute la colonie de langue espagnole de Paris .

Par conséquent et avec l’accord du roi, une autre mission catholique est établie à La Plaine-Saint-Denis en 1923, sous l’appellation de Real Patronato Español de Santa Teresa de Jesús, à l’endroit où la colonie espagnole était à l’époque la plus importante. En 1926, une société de secours mutuel, El Hogar de los Españoles, s’organisant autour du travail de religieuses, est également fondée à La Plaine-Saint-Denis, dans l’enceinte du Real Patronato Español. La même année, la congrégation religieuse de Marie Immaculée, très largement composée de sœurs espagnoles, s’installe à Paris et organise son action sociale et religieuse autour du Foyer de la Jeune Fille de la rue Saint-Didier, dans le 16ème arrondissement.

L’intervention de l’Église catholique espagnole en région parisienne, à travers la création de ces œuvres caritatives, a donc pour objectif de fournir une assistance sociale aux immigrés espagnols et de contrer l’émergence d’un mouvement ouvrier révolutionnaire. Ana Fernández Asperilla remarque d’ailleurs que ce « catholicisme social » avait pour ambition de freiner l’avancée des doctrines communistes et anarchistes au sein du milieu ouvrier espagnol, en tentant d’harmoniser les relations entre les notions de capital et de travail.

Références :

- Fernández Asperilla, Ana, « Los emigrantes españoles en Paris a finales del siglo XIX y en el primer tercio del siglo XX. La sociedad de socorros mutuos el Hogar de los Españoles », in Hispania, LXII/2, numéro 211, 2002.

- García, Paola, « La inmigración : un nuevo reto para la Iglesia católica española », in Anuario Americanista Europeo, REDIAL-CEISAL, n°3, « La migración transatlántica », Paris, 2005, p. 225-259.

- Lettre de Gabriel Palmer à Sr. D. Manuel Hernández du 17 mars 1930, Archives de la FACEEF, Centro de Documentación de la Migraciones, Fundación 1° de Mayo, Madrid.