LIEUX DE MÉMOIRE et D'HISTOIRE
de L'IMMIGRATION et de L'EXIL ESPAGNOLS en ÎLE-DE-FRANCE
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Foyer de la jeune fille Saint-Didier

1934 à nos jours



Depuis les débuts du XXe siècle jusqu’à nos jours, le Foyer de la jeune fille a joué un rôle important en accueillant de nombreuses jeunes femmes immigrées espagnoles. En effet, il sert de référence, de point de repère à l’arrivée pour beaucoup d’entre elles.


Dès 1934, des sœurs espagnoles appartenant à la congrégation de Marie Immaculée (fondée en 1876 à Madrid par Vicenta María), mais également françaises et d’autres nationalités, s’installent dans les locaux de l’ancienne société Saint-Didier-Castagnary qui comprend deux grands halls abritant des cours de tennis et un dancing et font construire une chapelle dans l’un des deux grands bâtiments. Elle devient alors la Société Immobilière du Foyer de la Jeune Fille Saint-Didier-Castagnary. Rapidement, victime de son succès, une extension est nécessaire. Les projets d’aménagements de ces bâtiments sont cependant abandonnés une première fois lors de la Guerre d’Espagne (1936-1939), et une seconde lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), ce qui n’empêche pas les sœurs de continuer à développer leurs activités caritatives auprès des jeunes filles en difficulté de toutes nationalités.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les sœurs ouvrent les portes de leur cantine à toute personne en difficulté ; elles sont alors plus de 400 à la fréquenter. Le public changeant au fur et à mesure des époques, à partir des années 1950 les sœurs de Saint-Didier accueillent principalement des femmes espagnoles émigrant à Paris. Le Foyer de la jeune fille de la rue Saint-Didier est, pour ces femmes, une référence, un point de repère à l’arrivée. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir les femmes espagnoles se diriger, dès leur arrivée Gare d’Austerlitz, vers la résidence de la rue Saint-Didier, où elles peuvent se loger pendant quelques jours en attendant de trouver un emploi. Il arrive même que certaines femmes s’étant portées volontaires aillent récupérer les femmes espagnoles récemment arrivées à la gare d’Austerlitz, ou à la station d’autobus, pour les ramener au foyer de la jeune fille. Durant les années 1960-1970, le foyer de la rue Saint-Didier accueille parfois entre 25 et 30 jeunes filles émigrées quotidiennement.

La grande majorité de ces femmes espagnoles, qui arrivent dans l’ouest de Paris dans les années 1960-1970 afin de trouver du travail, sont jeunes et célibataires. Cette vague migratoire fait cependant partie intégrante d’un processus migratoire plus large : l’émigration liée à l’exode rural des femmes en Espagne. En effet, ces dernières abandonnaient le travail au champ pour se rendre en ville dans le but de trouver un travail d’employées domestique, de femmes de ménage... avant de décider de continuer vers Paris où les conditions de travail, mais aussi les salaires, étaient bien meilleurs à l’époque.

Le foyer de la jeune fille de la rue Saint-Didier est donc une structure d’accueil soutenue par l’Eglise. Les religieuses de la résidence Saint-Didier orientent les jeunes filles espagnoles émigrées et les aident à chercher du travail. Les jeunes employées de maison s’y retrouvent en fin d’après-midi et les dimanches pendant leurs heures de repos. Des messes, des exercices spirituels et des formations (enseignement du français, cuisine, travaux domestiques…etc.) y sont également proposés.

La résidence Saint-Didier comporte également une école, le « Colegio Saint-Didier », au sein duquel il est possible pour les jeunes filles, de suivre des classes d’enseignement secondaire. Les cours du soir sont également ouverts aux hommes.

Dans les années 1960, les projets d’aménagement sont enfin réalisés et permettent d’offrir un logement décent aux jeunes filles qui se pressent à la porte du foyer. Des travaux commencent en 1961, mais ne sont vraiment terminés que le 8 décembre 1969, jour de la fête de la Congrégation en l’honneur de Marie Immaculée.

Références

- Oso Casas, Laura, Españolas en París. Estrategias de ahorro y consumo en las migraciones internacionales, Bellaterra, Barcelona, 2004.

- Tur, Bruno, « Vie de couple et stratégies professionnelles des Espagnoles à Paris », in Hommes et migrations, n°1262, juillet-août 2006.

- Tur, Bruno, « Stéréotypes et représentations sur l’immigration espagnole en France », in Migrance, Hors-série troisième trimestre « Un siècle d’immigration espagnole en France », éditions Mémoire-Génériques, 2007.

- Religieuses de Marie Immaculée, Historique du foyer de la jeune fille Mesnil Saint-Didier, Paris.

- Religieuses de Marie Immaculée, Historique de la Maison de Paris, Paris.

- Entretien avec les sœurs du Foyer Saint-Didier réalisé par Lola Baldo, 10 octobre 2012, Paris, FACEEF.

- Entretien avec Miguel Ángel Chueca réalisé par Lola Baldo, 30 janvier 2013, Paris, FACEEF.

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